Pour une victime d'infraction pénale, obtenir un jugement condamnant l'auteur à une indemnisation est une victoire judiciaire et une reconnaissance de sa souffrance. Malheureusement, cette victoire peut s'avérer purement symbolique. Que se passe-t-il si, une fois le jugement en main, l'auteur est insolvable ? S'il n'a pas de revenus, pas de biens, ou s'il a disparu dans la nature ? La victime, qui a déjà subi l'infraction et le poids du procès, se retrouve alors avec une "créance irrécouvrable" et un sentiment profond d'injustice.
Face à cette situation, qui est malheureusement très fréquente, la société belge a mis en place un mécanisme de solidarité nationale. Il ne s'agit pas de laisser la victime seule face à sa perte. C'est le rôle du "Fonds d'aide aux victimes d'actes intentionnels de violence et aux sauveteurs occasionnels", géré par la Commission pour l'Aide aux Victimes (communément appelée CIVIA).
Ce Fonds n'est pas une assurance. C'est une intervention de l'État qui, sous des conditions très strictes, va se substituer à l'auteur défaillant pour indemniser la victime. L'accès à ce Fonds est une procédure administrative complexe, distincte du procès pénal, et qui obéit à ses propres règles et délais. L'assistance d'un avocat est souvent nécessaire pour monter un dossier complet et naviguer dans les méandres de cette procédure spécifique.
Le Fonds d'aide aux victimes a été créé par une loi de 1985. Son objectif est de manifester la solidarité de la collectivité envers les victimes qui se trouvent dans une situation dramatique : elles ont subi un préjudice grave, mais ne peuvent obtenir une indemnisation effective de la part de l'auteur. Le Fonds intervient donc "à titre subsidiaire", c'est-à-dire en dernier recours, lorsque toutes les autres voies de récupération ont échoué.
Le Fonds est géré par la Commission pour l'Aide aux Victimes (CIVIA), un organisme rattaché au SPF Justice. Cette commission est composée de magistrats et de fonctionnaires qui vont analyser la demande de la victime et décider, en toute indépendance, si une aide financière peut être octroyée. Il ne s'agit pas de "refaire le procès pénal", mais de vérifier si les conditions légales d'intervention du Fonds sont réunies.
Il est crucial de comprendre que le Fonds n'intervient pas pour n'importe quelle infraction. Comme son nom l'indique, il vise principalement les victimes d'actes intentionnels de violence (coups et blessures, viol, meurtre, attentat à la pudeur, prise d'otage...). Les victimes de vol simple, d'escroquerie ou d'abus de confiance ne peuvent, en principe, pas y avoir accès, sauf si ces faits se sont accompagnés de violences ou de menaces graves.
Pour pouvoir prétendre à l'intervention du Fonds, la victime doit remplir plusieurs conditions. Premièrement, elle doit avoir subi un préjudice physique ou psychique important résultant directement d'un acte intentionnel de violence. Cette condition est centrale. Un simple préjudice matériel (un objet volé) ne suffit pas, sauf s'il est la conséquence directe d'un acte de violence (par exemple, des lunettes brisées lors d'une agression).
Deuxièmement, les faits doivent avoir eu lieu en Belgique. La nationalité de la victime n'a pas d'importance. Les proches d'une victime décédée (parents, enfants, conjoint) peuvent également introduire une demande pour leur propre préjudice moral et matériel. Le Fonds intervient aussi pour les "sauveteurs occasionnels", c'est-à-dire une personne qui a subi un dommage en tentant de porter secours à une victime ou d'arrêter un auteur.
Troisièmement, le Fonds n'intervient que si l'auteur de l'infraction est inconnu, introuvable ou insolvable. La victime doit prouver qu'elle a fait des démarches pour être indemnisée (par exemple, se constituer partie civile au procès pénal) mais que celles-ci n'ont pas abouti. Le Fonds n'est pas une solution de facilité ; c'est une solution de dernier recours.
C'est un point de vigilance majeur. L'accès au Fonds est enfermé dans des délais de prescription stricts, qui sont différents de ceux du procès pénal. La victime doit agir rapidement. La loi prévoit que la demande d'aide doit être introduite auprès de la Commission au plus tard dans un délai de cinq ans à compter de la date des faits.
Ce délai peut être prolongé si la victime s'est constituée partie civile. Dans ce cas, elle dispose encore d'un délai d'un an après la décision de justice définitive (le jugement) pour introduire sa demande. Il est fortement déconseillé d'attendre la dernière minute. Dès qu'il est clair que l'auteur est insolvable (par exemple, après un rapport négatif d'un huissier de justice), il faut entamer la procédure.
Une demande introduite hors délai sera déclarée irrecevable, et ce, même si le préjudice est immense et que toutes les autres conditions sont remplies. C'est pourquoi l'accompagnement par un avocat, qui est garant de ces délais, est une sécurité indispensable pour la victime.
La procédure n'est pas judiciaire, mais administrative. La victime (ou son avocat) doit compléter un formulaire de requête très détaillé, disponible auprès du SPF Justice. Ce formulaire doit être accompagné de nombreuses pièces justificatives :
Une fois le dossier déposé, la Commission l'examine. Elle va analyser si le préjudice est bien la conséquence de l'acte de violence et si la victime n'a pas commis de "faute" ayant contribué à son propre dommage (par exemple, en provoquant l'auteur). Le Fonds peut décider de réduire l'indemnisation si la victime a une part de responsabilité.
La Commission peut octroyer une "aide d'urgence" (une provision) si la victime est dans une situation financière dramatique immédiate, avant de statuer sur le montant définitif. La décision finale est prise après analyse du dossier complet, et l'aide est plafonnée à un montant maximum fixé par la loi.
Le Fonds d'aide aux victimes n'est pas conçu pour une réparation "intégrale", contrairement à la responsabilité civile classique. L'intervention du Fonds est plafonnée. Actuellement, le montant maximum de l'aide principale est fixé à 125.000 euros. C'est un plafond total, qui couvre à la fois le préjudice moral, physique et matériel.
De plus, le Fonds déduira de son intervention tout ce que la victime a déjà pu percevoir par ailleurs pour le même dommage. Les interventions de la mutuelle, d'une assurance hospitalisation ou d'une assurance privée seront déduites. L'objectif est d'éviter un double dédommagement et de couvrir ce qui reste "à charge" de la victime.
Dans les faits, la Commission évalue le dommage de la victime (souvent sur la base du jugement pénal ou d'une expertise) et lui octroie une aide, qui est souvent une fraction de ce dommage mais qui a le mérite d'être concrète et payée. Pour la victime, c'est une reconnaissance essentielle de sa souffrance et une aide financière réelle lorsque l'auteur a disparu de la circulation.
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